[Rencontre avec] Patricia Penot

Patricia Penot est sophrologue (Mastère Spécialiste Branche clinique et préventive depuis plus de 12 ans), relaxologue et énergéticienne. Elle est également consultante et enseignante dans le domaine du bien-être, de la croissance personnelle et de la conscience de soi depuis plus de 20 ans.

Bonjour, Patricia.

Tu es sophrologue, énergéticienne et directrice d’une école de formation en sophrologie. Tu formes aussi à divers pratiques énergétiques visant à l’harmonie corps-esprit depuis plusieurs années et tu t’es toi-même formée auprès de Caycedo. Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis infirmière de formation et j’ai commencé ma carrière en réanimation où j’ai travaillé pendant plus de sept ans. C’était un univers qui me plaisait beaucoup, à la fois pour sa dimension humaine et pour tout ce qu’il demandait sur le plan technique et médical.

Après ma spécialisation en anesthésie-réanimation, j’ai eu l’opportunité de devenir cadre pour mettre en place un tout nouveau service de réanimation. Lorsque j’ai choisi de me former à cette fonction, j’ai préféré suivre pendant deux ans une formation universitaire dédiée aux professionnels de santé, tout en continuant à travailler, plutôt qu’une école de cadres traditionnelle dont je trouvais l’enseignement davantage tourné vers des logiques de rentabilité que vers l’humain.

Après tout cela, je me suis sentie un peu saturée sur le plan mental. J’ai alors eu envie d’explorer le corps autrement que comme une réalité anatomique et physiologique, et d’en découvrir davantage la dimension émotionnelle.

Cette question me touchait aussi personnellement. J’étais alors une jeune femme assez réactive, très sensible à l’injustice et facilement révoltée par ce qui me semblait arbitraire. J’avais envie de mieux comprendre mes propres émotions pour mieux les maîtriser.

Cette perception du corps comme lieu de vie et de perception est très entendable dans ton récit. Est-ce cela qui t’amène à rencontrer la sophrologie ?

Oui, tout à fait. À cette époque, j’avais déjà le sentiment que le corps avait beaucoup à nous apprendre sur nous-mêmes et sur ce que nous vivons. J’avais envie de mieux comprendre le lien entre le corps, les émotions et notre vie intérieure.

C’est ce qui m’a conduite vers la sophrologie. J’ai découvert plusieurs écoles et mon choix s’est porté sur celle du docteur Guirchoun, notamment parce qu’il était à la fois médecin et psychanalyste. Cette double approche me semblait particulièrement intéressante.

Il faut dire qu’à l’époque, c’est-à-dire dans les années 1990, il y a très peu d’écoles en France, peut-être 3…

Effectivement, l’offre de formation était encore très limitée. J’ai donc suivi une première année consacrée au cycle fondamental, puis une deuxième année davantage orientée vers l’accompagnement et la relation d’aide en sophrologie. Ensuite, de fil en aiguille, j’ai poursuivi les différents enseignements de spécialisation qui permettaient d’adapter la sophrologie à différents champs d’application.

Et comme j’avais toujours cette curiosité et cette envie d’aller plus loin dans la compréhension de la méthode, j’ai eu envie de poursuivre avec les cycles supérieurs, radical et existentiel, directement auprès du Pr. Caycedo, en Andorre.

Quel privilège ! Raconte-nous cette épopée

Épopée, le mot n’est pas trop fort !

A l’époque partir en Andorre était une véritable expédition ! Nous partions de nuit en train couchette puis il fallait encore prendre un bus pour rejoindre l’Andorre.

L’occasion de tester la sophro-protection liminale du sommeil n’est-ce pas ? (Rires)
Comment se passe cette rencontre avec l’homme, ce maître qu’est Caycedo ?

 Eh bien, disons que la première rencontre n’a pas été particulièrement chaleureuse ! Caycedo souriait peu et gardait une posture très professorale avec les étudiants que nous étions.

En revanche, l’écouter était passionnant. Nous avions enfin l’occasion de comprendre ce qu’il avait voulu mettre derrière chacune de ses techniques, comment elles étaient nées et ce qu’il cherchait à travers elles.

C’était un véritable explorateur de la conscience humaine. Il continuait d’ailleurs à faire évoluer sa méthode et s’appuyait beaucoup sur les phénodescriptions que nous faisions après les pratiques. Cela nous permettait aussi de comprendre que la sophrologie était encore, pour lui, une recherche vivante.

Nous étions déjà des professionnels, et ce qu’il nous transmettait allait au-delà de l’apprentissage d’une méthode. Il y avait toute une dimension existentielle et une réflexion sur la manière dont la sophrologie pouvait aider l’être humain à mieux vivre.

Caycedo parlait beaucoup de ce qu’il appelait la « crise de la civilisation contemporaine », marquée notamment par le stress, la perte des valeurs et les difficultés à co-exister en paix. C’était une préoccupation très présente dans son enseignement et, lorsque l’on regarde notre monde aujourd’hui, certaines de ses interrogations restent toujours très actuelles.

Comment en viens-tu à exercer professionnellement en tant que sophrologue ?

J’ai continué à approfondir la sophrologie en participant aux universités d’été, puis en suivant la formation de formateur que Caycedo avait mise en place à l’époque. Plus j’avançais dans la méthode, plus je me rendais compte qu’elle rejoignait profondément ma philosophie de vie, mon optimisme, avec cette confiance que j’ai toujours eue dans les capacités de l’être humain à évoluer.

En parallèle, j’ai poursuivi ma formation auprès du docteur Guirchoun, notamment en psychologie et en analyse transactionnelle, tout en continuant mon activité de cadre hospitalier et la gestion du service de réanimation que j’avais contribué à mettre en place.

Puis, au bout de quelques années, j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour du monde hospitalier. Je me suis alors posée la question de savoir si je continuais cette carrière de cadre en établissement hospitalier ou si je choisissais de m’installer à mon compte.

La liberté a toujours été une valeur très importante pour moi. J’ai donc choisi de franchir le pas et je me suis installée en entrepreneure individuelle en octobre 1999, avec déjà une envie très forte, celle de transmettre.

Transmettre dans une approche à la fois théorique et pratique, pleinement vécue et expérimentée, et intégrant différents outils, ce qui est d’ailleurs ta « marque de fabrique ».

 Oui. J’ai toujours eu à cœur d’associer le cadre conceptuel à la pratique. Pour moi, transmettre implique l’enseignement, ce que l’on apprend et ce que l’on expérimente, ET l’accompagnement, qu’il soit individuel ou collectif.

J’étais alors sophrologue, diplômée d’un Master spécialiste[1], comme cela s’appelait à l’époque, mais mon approche, déjà très centrée sur le corps, sur ce qu’il nous permet de percevoir, de ressentir et de comprendre de nous-mêmes, intégrait aussi différentes méthodes complémentaires qui venaient enrichir ma pratique de la sophrologie.

Une approche intégrative, en somme. Tu es d’ailleurs à l’époque formatrice et enseignante en EMF balancing technique et maître reiki.

Ce mot, intégratif, te caractérise véritablement de mon point de vue. C’est d’ailleurs le titre de ton dernier ouvrage « Sophrologie intégrative, la méthode complète pour cheminer vers une vie harmonieuse » paru en mars 2025 aux éditions Le lotus et l’éléphant.

 Oui. Je suis une chercheuse, curieuse, avec toujours cette envie de découvrir, de comprendre et d’explorer.

Je me suis beaucoup interrogée au fil des années sur la manière dont nous pouvons mobiliser les ressources et les facultés du corps pour retrouver plus d’harmonie intérieure. Et j’ai toujours eu besoin que cela reste expérientiel, pratique et concret, que ce que l’on transmet puisse réellement être vécu et utilisé dans la vie.

C’est ainsi que transmettre la sophrologie pour de futurs professionnels est devenu pour moi une évidence, d’abord le cycle fondamental, puis les cycles supérieurs en les adaptant avec mes compréhensions et mes expériences.

Patricia, tu traverses actuellement un moment de vie particulier qui mobilise profondément tes ressources. Parallèlement aux soins médicaux, tu continues à t’appuyer sur la sophrologie et l’énergétique, qui font partie de ton parcours depuis de nombreuses années. Cette expérience semble aussi t’avoir amenée à porter un regard différent sur le corps, sur la manière de l’écouter, de l’accompagner et de faire alliance avec lui, dans une approche qui reste profondément respectueuse de tes valeurs et de tes convictions.

Pouvons-nous en parler ?

Oui, bien sûr. Ce que je traverse m’a surtout amenée à changer plus profondément ma manière d’être en relation avec mon corps. Je ne l’aborde pas comme quelque chose contre lequel il faudrait lutter, mais comme un partenaire avec lequel j’essaie de faire alliance.

Cela passe d’abord par des choses très simples : respecter davantage ses rythmes, lui apporter de la sécurité et lâcher prise sur tout ce qui, à ce moment-là, n’est pas essentiel.

Avant de chercher à comprendre pourquoi cela arrive, ce que cela signifie ou ce que l’expérience est censée nous apprendre, je crois qu’il est essentiel de revenir aux besoins vitaux et fondamentaux du corps, à ce qui lui fait du bien et lui permet de retrouver ses forces.

La sophrologie et les pratiques énergétiques prennent place pour moi dans cette manière d’accompagner mon corps, parallèlement aux soins médicaux. Elles m’aident à rester en lien avec lui, à soutenir cette alliance et à faciliter sa réparation.

Et l’une des choses les plus importantes que cette expérience m’enseigne est justement de redonner toute sa place au plaisir de vivre avant de vouloir absolument donner du sens à ce que l’on traverse.

 Est-ce que tu veux dire en somme, à l’instar de Sartre, que l’existence précède l’essence ?

Je ne le dirais pas exactement ainsi. Je pense que l’être humain porte une nature première et aussi une forme de destinée, que je distingue du destin parce qu’elle laisse toute sa place au libre choix.

Nous ne maîtrisons pas tout ce qui nous arrive, mais il existe des espaces où nous pouvons agir et faire des choix. La manière dont nous abordons une situation de maladie en fait partie. Faire alliance avec son corps, répondre à ses besoins, lâcher ce qui n’est plus utile et soutenir ce qui nourrit la vie peut faire une véritable différence dans la manière dont nous traversons cette expérience.

Une écologie personnelle en somme, un thème qui m’est cher. Est-ce que cette expérience, par ailleurs transformatrice, change ta vision de la sophrologie ?

Oui, cette expérience m’amène non seulement à revisiter la sophrologie et à ce qu’elle peut apporter de très concret dans la vie de chacun, mais aussi ma vision de la vie et de l’existence.

Après toutes ces années de pratique et de transmission, je m’interroge aujourd’hui sur la manière dont elle peut nous aider à retrouver une capacité d’action là où nous nous sentons parfois impuissants ou résignés.

Cela peut commencer par des choses très simples : mieux comprendre ce qui se passe en soi, apprendre à réguler ses émotions, retrouver une relation plus consciente avec son corps et peu à peu faire des choix plus ajustés à ce que l’on vit.

Je crois à ces petits changements qui permettent de retrouver de l’autonomie et de redevenir acteur de sa propre vie. La quête de sens a sa place, bien sûr, mais elle n’est pas toujours le point de départ. La sophrologie peut déjà nous aider à être davantage présents à nous-mêmes et à prendre soin de notre équilibre.

En un mot une approche holistique mais aussi pragmatique et le postulat que l’expérience intérieure de l’individu offre une transformation du tissu social collectif ?

Oui, je le crois. Lorsque nous retrouvons plus d’harmonie en nous-mêmes, cela transforme aussi notre manière d’être en relation avec les autres et avec le monde. Un changement intérieur, même modeste, peut ainsi contribuer à quelque chose de plus large que soi.

Et dans ce cheminement, le corps est pour moi un guide essentiel. Il nous renseigne sur ce que nous vivons, sur nos déséquilibres comme sur nos ressources, et peut nous aider à cultiver les forces qui sont en nous. Je le vois aussi comme un conseiller, un lien entre notre expérience concrète de la vie et cette dimension plus profonde de nous-mêmes que j’appelle l’âme.

Peux-tu préciser le sens de ce mot, âme, pour toi ?

Pour moi, l’âme est cette dimension profonde de nous-mêmes qui nous anime, qui nourrit notre élan de vie et nous relie à ce qui nous motive profondément à vivre. Elle fait pleinement partie de notre humanité, tout en nous ouvrant à quelque chose qui nous dépasse et qui est plus grand que nous.

Je ne la sépare pas du corps ni de notre expérience concrète de la vie. Parce que c’est à travers le corps, ce que nous ressentons et ce qui nous met en mouvement, que cette dimension de nous-mêmes peut se manifester.

Patricia, un immense merci plein de gratitude pour cet échange. La richesse et la profondeur de ton parcours témoignent d’une intégration véritable de l’expérience. De cette actuelle traversée du corps qui vit la maladie, vas-tu faire un nouveau livre ?

 Oui, un nouveau livre est en train de prendre forme, nourri par ce que je traverse aujourd’hui, mais ce ne sera pas un livre sur la maladie.

J’y explore le corps comme guide intérieur, les mécanismes du stress, son besoin fondamental de sécurité et certains automatismes physiologiques que l’on peut apprendre à déprogrammer. Il sera aussi très pratique, avec de nombreux exercices courts. Lorsque l’on vit une « dysharmonie corporelle » (sourire), on n’a pas toujours l’énergie pour de longues pratiques.

C’est sans doute ce que cette expérience m’amène à transmettre aujourd’hui, celle d’aller à l’essentiel et proposer des moyens concrets de faire alliance avec son corps quoique nous vivions.

Interview réalisée par Judith Dumas

[1] Terme aujourd’hui protégé en France et encadré par la loi.

Pour aller plus loin

Patricia Penot est sophrologue, formatrice et autrice. Issue du monde hospitalier, où elle a exercé comme infirmière spécialisée en anesthésie-réanimation puis comme cadre de santé, elle se forme à la sophrologie dans les années 1990 et poursuit les cycles supérieurs auprès d’Alfonso Caycedo en Andorre.

Fondatrice d’Évolution Formation en 1999, elle transmet depuis plus de trente ans une approche de la sophrologie humaniste et phénoménologique centrée sur le corps, l’expérience et l’autonomie de la personne. Curieuse et chercheuse dans l’âme, elle a progressivement enrichi sa pratique d’approches complémentaires, donnant naissance à une vision intégrative de l’accompagnement.

Elle est l’autrice des ouvrages suivants :

  • Le Grand Livre de l’Energie / Ed. Le Lotus et l’Eléphant Hachette / Septembre 2026
  • Oracle Chercheurs de Lumière Nouvelle édition / Ed. Le Lotus et l’Eléphant Hachette / Janvier 2026
  • Les Antisèches des Soins Energétiques : 40 fiches pour nettoyer, réparer et harmoniser / Ed. Animae / Juin 2025
  • Sophrologie Intégrative / Ed. Le Lotus et l’Eléphant / Mars 2025
  • Les Rites du Munay-Ki : Les 10 rites d’alignement et de transformation de la tradition amérindienne enfin révélés ! / Ed. Animae / Avril 2024
  • Pratiquer l’EFT : apprenez à libérer vos émotions grâce à l’Emotional Freedom Techniques / Ed. Le Lotus et l’Eléphant (Groupe Hachette) / Septembre 2023
  • Oracle Chercheurs de Lumière / Ed. Le Lotus et l’Eléphant Hachette / Octobre 2022
  • Les clés de l’énergie / Ed. Le Lotus et l’Eléphant Hachette / Mars 2022
  • Je me libère de mes angoisses / Ed. Voolume / Juillet 2019 – Livre audio
  • De l’angoisse à l’harmonie : explorez votre existence par la sophrologie M/ Ed. BoD / Mai 2019
  • Réveille-toi / Ed. BoD / Juillet 2018
  • Quand nous nous retrouverons / Ed. BoD / Janvier 2017
  • 4 étapes et je lâche prise / Ed. Solar / Février 2015
  • Plonger au cœur de soi même quand cela semble impossible / Ed. Solar / Février 2014
  • Il était une fois une histoire d’âme / Ed. Baudelaire / Novembre 2010
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